Les Lectures d’Amano N°44 : Iruma à l’école des démons T1 à T5

La hype est un concept bien étrange. Certains titres se font attendre pendant plusieurs mois avant d’arriver en France et de combler les attentes, d’autres se révèlent bien moins prometteurs que prévu et enfin, certains sortent totalement de nul part et nous charment de par leur qualité. Intéressons-nous à l’un des membres de cette troisième catégorie, avec la critique des 5 premiers tomes de Iruma à l’école des démons, disponible chez nobi nobi.


Les 7 cercles de la méconnaissance

En faisant des recherches sur cette série afin d’écrire cette critique, je me suis rendu compte à quel point ce titre est bien plus vieux que ce que j’imaginais. De son nom japonais Mairimashita! Iruma-kun, le manga est signé Osamu Nishi et est en cours dans le Weekly Shonen Champion, magazine où est par exemple né Yowamushi Pedal, toujours en cours, ou Prisonnier Riku, compilé en 38 volumes. Iruma est l’un des 2 leaders actuels du magazine, avec Yowamushi Pedal justement. Iruma est d’ailleurs le titre du Shonen Champion le plus vendu sur l’année Oricon 2020, où il est 20ème avec 1 953 083 ventes (bien qu’en grande partie aidé par son adaptation animée). Mais assez tourné autour du pot, Iruma à l’école des Démons, de quoi ça cause ? Vous connaissez la chanson, voilà le synopsis tel que trouvable tel quel :

Un jour, le jeune Iruma devient, bien malgré lui, le petit-fils adoptif d’un papy démon excentrique. Une nouvelle vie commence alors pour lui à Babyls, une école peuplée de monstres en tout genre, où personne n’a jamais vu d’humain mais tout le monde rêve d’en dévorer un ! Et entre les démons qui le défient en duel, les succubes extravagantes et les épreuves scolaires mettant sa vie en péril, Iruma ne pourra compter que sur un atout : sa gentillesse désarmante. Mais comment un humain au bon cœur va-t-il pouvoir survivre dans cet enfer ?!

Résumé du tome 1 de Iruma à l’école des Démons

Iruma est donc un manga school-life, qui s’intéresse aux péripéties quotidiennes de notre jeune protagoniste, bien trop gentil pour le monde qui l’entoure. Et… voilà comment on pourrait résumer le scénario qui nous est présenté dans ce tome 1. On retrouve certes un arc majeur, que je ne spoilerais pas bien évidemment, mais le scénario reste à mon sens le gros point faible d’Iruma à l’école des Démons. Point faible qu’il compense bien heureusement autre part, mais qui reste malgré tout présent, vu que le manga essaye de s’accrocher à un statu quo, en introduisant pas mal d’éléments pouvant être sources de grands changements dans le futur, mais une telle stabilité scénaristique sur le début de la série est à mon sens assez décevant. Le manga a toute les cartes en main pour faire de son scénario quelque chose de grandiose, mais en l’état, impossible de ne pas trouver sa relative lenteur narrative assez décevante…


Un casting beau à mourir

Après s’être attaqué au point faible d’Iruma, il est à mon sens temps de parler de son plus gros point fort : son casting de personnages, tous plus attachants les uns que les autres et tous hauts en couleurs. Certes là aussi le manga fait dans le classique en ne révolutionnant rien, mais il est vraiment très difficile de ne pas s’attacher à au moins un personnage, tant le manga profite justement du statu quo scénaristique des 5 premiers tomes pour introduire énormément de personnages. Alice, l’ami parfois un peu collant d’Iruma, Clara, la boute-en-train du groupe difficile à comprendre, Sabro, le rival auto-proclamé d’Iruma, Sullivan, cliché absolu du grand-père collant, Callego, le professeur ténébreux…. Mon coeur penche de son côté pour Amélie Azazel, directrice du BDE qui cherche à comprendre et analyser ces ouvrages ténébreux que sont les mangas, à l’aide d’Iruma.

Et ce casting haut en couleurs sert énormément l’humour de la série, un autre très gros point fort du manga qui compense d’une très belle manière le scénario un peu faible de ces 5 premiers tomes, vu qu’on est parfois juste pris par l’envie de découvrir de nouveaux gags, et les différents degrés de lecture des situations qui oscillent entre la culture des démons et la culture humaine d’Iruma joue énormément dans ce côté comique pleinement assumé par le manga qui l’utilise à la perfection. Ma seule et unique réserve à ce sujet est que le manga finisse par trop user de facilités scénaristiques afin de prioriser l’humour. Car avec un manga faisant actuellement 20 tomes au Japon, trouver le juste milieu entre scénario et humour est compliqué. Et surtout, il faut savoir renouveler ses gags, car le comique de répétition sur le long terme ne marche pas énormément. A part cela rien à dire, surtout que le trait d’Osamu Nishi se prête parfaitement à un manga tantôt comique tantôt orienté action. Certains chapitres sont vraiment simplistes sur ce point là où d’autre offrent des planches absolument sublimissimes sur tout les points. Mention spéciale au match de balle au prisonnier à la fin du tome 2, qui en met plein la rétine !


Un manga diablement prometteur

Iruma est un manga plus que prometteur rempli de qualité. On a déjà vu à quel point son casting de personnages est attachant et que son scénario peut à terme donner quelque chose de grandiose, mais la force et le potentiel d’Iruma à l’école des Démons ne se limite pas à ça, loin de là. Son univers est lui aussi très réussi. On nous y présente un enfer éloigné de toutes relations avec les humains depuis de nombreux siècles, à tel point qu’ils y sont considérés comme un mythe. De même, placer le cadre spatial dans une école est quelque chose de très intéressant, puisque cela permet de mêler les visions d’enfants en pleine croissance et d’adultes. Ce domaine est parfaitement incarné par l’arc du festival et par le personnage qui y est énormément lié, Kiriwo.

Encore une fois, difficile d’en dire plus sans spoiler, mais ce personnage pose les bases d’énormément de problématiques sociales que le manga peut exploiter par la suite, et j’espère grandement qu’il va le faire. Iruma est un manga à l’apparence enfantine, mais qui soulève pas mal de thématiques vraiment importantes dans le monde dans lequel on vit. La hiérarchisation sociale a-t-elle encore un sens ? Les rêves ont-ils encore une place dans notre société ? Faut-il s’affirmer ou au contraire rentrer dans le moule que la société crée pour nous ? Tant de problématiques soulevées qui offrent un deuxième degré de lecture autant, si ce n’est plus, passionnant que le premier.

CatégorieNoteAvis résumé
Personnages19/20Un casting vraiment haut en couleurs, chaque personnage est très original et donne envie d’en savoir plus !
Scénario12/20En s’accrochant à un statu quo, le manga reste bloqué au niveau scénaristique…
Ambiance et Univers17,5/20L’idée de base est déjà très bonne, l’exécution l’est encore plus ! On se sent vraiment pris dedans !
Dessin15/20On sent là aussi une grosse marge de progression, vu que Nishi expérimente beaucoup sur ces 5 premiers tomes
Plaisir de Lecture18/20Le manga se lit tout seul, d’une traite, sans difficulté ! On en redemanderai presque !
Total81,5/100
=16,3/20
Une très bonne surprise, un manga très attachant et prometteur !

Iruma à l’école des Démons est l’une de mes excellentes découvertes de la fin d’année passée. Je ne m’attendais à rien, et on peut dire que j’ai vraiment pas été déçu ! Le manga réussit sur quasiment tout les tableaux, à part son scénario qui fait un peu tache selon moi, mais j’ai très très bon espoir pour la suite au vu de la qualité du premier gros arc !

Le tome 6 sortira le 17 mars prochain chez Nobi Nobi, qui a abandonné son rythme d’un tome tout les mois pour passer à un tome tout les 2 mois (ainsi le tome 7 sortira en mai). Comptez sur moi pour vous en parler, car j’ai hâte de poursuivre cette très belle lecture ! (en plus y’a la best girl en couverture, que demander de plus ?)

Les Lectures d’Amano N°43 : Blue Period T1

Il existe des mangas sur quasiment tout. Du shonen classique à ceux reprenant des textes religieux, il y en a pour tout les goûts. Mais ironiquement, l’un des thèmes les moins représentés dans cet art, c’est justement celui de représenter les autres arts. Des mangas ayant pour thème le cinéma, le jeu vidéo, ou même le manga en lui-même, ça ne court pas les rues. Et même parmi les mangas traitant de ces thèmes, ils sont souvent mélangés à d’autres genres. Par exemple, Bakuman ou Hitman ajoutent un côté romance à l’aspect « monde du manga » qu’ils traitent. Le constat est clair : le manga artistique est un genre sous-représenté. Mais peut-être que cela va changer…. Laissez-moi vous parler du tome 1 de Blue Period, série disponible chez Pika, et ce, sans spoiler.


Une mangaka informée

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Voilà comment on pourrais résumer l’incipit de Blue Period :

Yatora Yaguchi est un élève assez populaire qui excelle dans ses études à l’école, mais qui a souvent affaire au vide intérieur et aux frustrations. Un jour, il est devenu tellement fasciné par une peinture au club d’art de son lycée que cela l’a inspiré à s’essayer à la peinture. Plus tard, il a été inspiré par un ami Ryuji et a ensuite rejoint le club d’art, devenant plus profondément impliqué, et tente de postuler à l’Université des arts de Tokyo comme son choix d’université.

Résumé du scénario de Blue Period

Je reviendrais bien évidemment après sur la gestion scénaristique de cet incipit et comment le manga arrive à gérer ce domaine artistique.

Blue Period est donc un manga de Tsubasa Yamaguchi prépublié dans le Monthly Afternoon de Kodansha. Il s’agit de la première série longue de cette auteure, qui avait publiée avant un one-shot du nom de Kanojo to Kanojo no Neko. Et ce qui est très intéressant avec Yamaguchi c’est ses études.

Elle est diplômée de l’université de Geidai, soit, l’université des Beaux-Arts de Tokyo, qui est JUSTEMENT l’université où cherche à aller notre protagoniste. Ainsi Yamaguchi glisse énormément d’informations sur le monde des universités artistiques japonaises dans ce tome 1, tant tirées d’étude que d’informations personnelles, ce qui est heureusement indiqué par la version française de Pika à l’aide de petites astérisques !

De part son statut de diplômée des Beaux-Arts, Yamaguchi a énormément de connaissances dans tout ce qui touche au domaine artistique, et elle laisse tout ça paraître dans Blue Period. Et ça se sent dès le tome 1, bien qu’on sente bel et bien qu’elle ne fait que gratter la surface avant de réellement plonger dans l’océan infini du monde de l’art.


D’excellentes idées

Blue Period est un manga plus qu’intéressant, et ce pour pas mal de raisons. Mais on retiendra surtout le domaine traité dans Blue Period, à savoir le domaine artistique. Personnellement, ce qui m’a tapé dans l’œil en lisant ce tome 1, c’est à quel point ce manga est à la fois très proche et très éloigné des mangas de sports.

Le plus gros point fort de Blue Period au niveau de l’écriture est à ce stade clairement son protagoniste. Car contrairement à pas mal de protagonistes, Yatora Yaguchi n’est pas noble. Il n’a pas de grand but dans la vie et est très terre-à-terre. Ainsi, une grande partie du tome va être dédié à un énorme conflit psychologique entre la raison de Yatora et son envie de peindre, surtout que Yamaguchi arrive à donner un côté vraiment très « shonen » aux concours d’entrée aux universités d’arts, et on imagine très facilement que cela va constituer le premier gros arc scénaristique de ce manga.

La plus grande force de l’écriture et de la mise en scène de Yamaguchi, c’est de réussir à rendre le domaine de la peinture bien plus attrayant en lui donnant un véritable aspect difficile à décrire avec de simples mots, puisque Blue Period est également un manga qui brille de par le trait de son auteur. Car oui, LE point sur lequel Yamaguchi excelle le plus est à mon sens le dessin. Il n’est pas dynamique comme l’artstyle d’Isayama, ne livre pas de paysages magnifiques comme celui de Suzuki et n’est pas expressif tel celui d’Akasaka. Ce qui fait la force de l’art de Yamaguchi, c’est sa gestion des ombres et de la gestuelle statique de ses personnages. Yamaguchi ne montre pas particulièrement d’actions, mais elle les suggère. Ses personnages gardent souvent une allure statique, mais qui suggère un mouvement passé il y a peu ou arrivant incessamment sous peu. Cet aspect est d’autant plus sublimé par LA plus grande force de l’art de Yamaguchi : le relief qu’elle arrive à créer et sa gestion parfaite de la perspective.

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Côté écriture, Blue Period n’est pas en reste, même si fatalement, le tout est bien moins marquant que l’aspect graphique. Le tome 1 est très intéressant sur ce point grâce à l’écriture d’un gros dilemme psychologique. Ce dilemme sera d’ailleurs utilisé comme « prétexte » scénaristique afin d’introduire petit à petit le monde de la peinture à Yatora. Ce n’est pas un défaut, loin de là ! Juste que c’est trop rare de voir des mangas qui prennent vraiment leurs temps aujourd’hui, et Blue Period apparaît réellement comme une très grosse bouffée d’air frais.

CatégorieNoteAvis résumé
Personnages16,5/20Pas mal de personnages intéressants, mais difficile de juger avec uniquement un tome 1. Mention spéciale au gros débat psychologique qui occupe la moitié du tome.
Scénario13/20Le point faible du manga actuellement. Tout est assez lent, et si ça promet par la suite, on reste face à une grosse introduction intéressante mais lente
Ambiance et Univers14/20Le domaine dans lequel Blue Period peut le plus progresser selon moi. Ce qu’on a dans le tome 1 est correct, mais on reste légèrement sur notre faim…
Dessins18,5/20Le gros point fort du manga à l’heure actuelle, c’est indéniable. Certaines planches sont très contemplatives pour le plaisir de nos rétines !
Plaisir de Lecture16/20Un plaisir de lecture qui fluctue pas mal, mais le titre reste très accrocheur, avec pas mal de passages très intéressant
Total78/100
= 15,6/20
Un premier tome très prometteur
qui ne laisse augurer que du meilleur pour la suite !

Blue Period est un manga au très gros potentiel. Son tome 1 est loin d’être parfait, mais ça reste une excellente lecture que je vous recommande chaudement. Le soin apporté à l’édition française se remarquent également, avec un léger relief sur la couverture et surtout des pages couleurs ! Un très bon incipit disponible chez Pika Editions !

Le tome 2 sera disponible chez Pika le 17 mars prochain ! Il promet de enfin nous plonger bel et bien dans le monde artistique qu’on aperçoit brièvement tout au long de ce premier tome ! Je vous en parlerai à coup sûr ! (Pas forcément à la sortie, puisque j’ai quand même 15 épisodes déjà prévus…)

Sur ce, merci de m’avoir suivi pour ce 43ème épisode des Lectures d’Amano ! Il est fatalement un peu plus court que celui sur Oshi no Ko, car je souhaitait avant tout vous montrer les 2 types d’épisodes des Lectures d’Amano : ceux dans le style de cet épisode 43, une review que j’estime assez complète, et ceux dans le style ce l’épisode 42, penchant plus du côté de l’analyse !

L’épisode 44 sortira en début de semaine prochaine et abordera les 5 premiers tomes de Iruma à l’Ecole des Démons, une grosse surprise de chez Nobi Nobi ! Sur ce, à très bientôt, et pour ceux qui me suivent sur YouTube, je vous donne rendez-vous en fin de semaine pour un AmanOricon !

Les Lectures d’Amano N°42 : Oshi no Ko tome 1

Il est impossible de trouver 2 personnes ayant la même relation avec un manga. Et cet écart est encore plus visible lorsque l’on parle de l’incipit d’un manga. Chacun va le vivre différemment. Certaines personnes préfèrent des incipit bien plus lents et qui prennent le temps de développer les personnages et leur univers avant de réellement plonger dans l’action tandis que d’autres préfèrent des incipit in medias res, qui vont très vite et qui expliquent le tout. Personnellement je ne suis friand ni de l’un ni de l’autre, mais aujourd’hui, je vais vous parler d’un manga ayant parfaitement réussi à allier les 2 pans du monde de l’incipit. Laissez-moi vous parler du tome 1 de Oshi no Ko.

Bien évidemment je vais limiter au maximum les spoilers, en survolant rapidement le scénario de cet tome 1 en me limitant au synopsis disponible sur des sites tels Nautiljon, qui spoilent le chapitre 1.


De très bonnes bases, avant même le chapitre 1

Ce n’était pas quelque chose que je faisais énormément lors de la saison 1, mais je vais essayer de légèrement vous narrer l’histoire autour du manga que je traite, tout en vous présentant les auteurs.

Oshi no Ko est donc un manga scénarisé par Aka Akasaka et écrit par Yokoyari Mengo. Ces noms vous disent quelque chose ? C’est normal !

Aka Akasaka est le mangaka derrière Kaguya-Sama : Love is War, excellente romcom adaptée en anime début 2019, qui a eu droit à une saison 2 début 2020, et qui paraîtra chez Pika Edition le 17 mars avec la sortie simultanée de ses deux premiers volumes. C’est un auteur qui excelle dans la mise en scène, dans la construction d’un scénario, dans le développement de personnages et dans la création de situations comiques. Oshi no Ko allait représenter un nouveau défi pour lui : créer un récit bien plus sombre, traitant de thématiques propres uniquement au monde d’aujourd’hui et au traitement de l’esprit humain par rapport aux flux d’informations qu’il peut trouver sur Internet, qui sont de plus en plus grands au fur et à mesure que le temps avance sa marche inexorable et que le monde du virtuel poursuit son inévitable ascension.

De son côté, Yokoyari Mengo est une dessinatrice connue pour des seinens au côté ecchi et même par moment du hentai. Sans compter Oshi no Ko, elle est derrière 8 mangas, tous assez courts. Son plus gros succès à l’heure actuelle est Kuzu no Honkai, seinen traitant du thème de l’adultère, adapté en anime courant 2017 et en drama la même année. A ma connaissance, un seul de ses titres est actuellement sorti en France, à savoir No Control!, œuvre en 2 volumes disponibles chez Tonkam (qui l’ont indiqué comme scénariste, du génie). Il s’agit donc d’une mangaka assez méconnue en France, mais qui possède une certaine expérience. Oshi no Ko allait également être un défi pour elle. Elle devrait sortir de sa zone de confort, qui va du seinen ecchi au hentai, en synthétisant son dessin pour proposer un style qui collerait au mieux au scénario d’Akasaka, qui était lui-même bien plus profond et sérieux que Kaguya-Sama.

Une dessinatrice qui avait enchaîné énormément de séries courtes alliée à un scénariste auteur de l’un des seinen les plus vendus de ces dernières années. Oshi no Ko semblait destiné à être un classique de son genre avant même le début de sa parution au vu des mangakas à l’origine du projet. Mais on l’a vu avec Samurai 8, avoi été crée par un auteur reconnu pour une oeuvre culte ne suffit pas à faire de toi une oeuvre culte. Et c’est ce qu’allait devoir prouver Oshi no Ko.


Réussir à innover sur une formule bien en place

C’est… Dur, d’innover sur un incipit. C’est très dur, car il existe des schémas narratifs qui font très bien le travail, alors pourquoi se priver ? Oshi no Ko innove certes sur la forme de son incipit, mais le fond reste globalement assez classique, bien que se permettant certaines folies, en allant piocher dans plusieurs genres. Romance, Gag-manga et même… Isekai (oui), l’incpit d’Oshi no Ko ressemble à une synthèse de ce qui marche, en apportant certes sa propre touche, qu’on pourrait décrire en deux termes : monde du show-biz et justesse d’esprit. Et histoire d’avancer, je vais être obligé de parler du scénario d’Oshi no Ko, car juger un incipit sans parler de ce qu’il raconte, ça serait pas très pertinent.

Oshi no Ko nous raconte donc l’histoire de Goro, médecin travaillant dans un hôpital de campagne qui est complètement fan de l’idole Ai. Cependant un jour, cette même Ai arrive dans son hôpital, enceinte de jumeaux, et demande à Goro de l’aider à accoucher. Tout se passe bien jusqu’au jour de l’accouchement, où Goro se fait assassiner par une mystérieuse personne. Cependant il se retrouve réincarné en l’un des 2 jumeaux d’Ai. Il n’est plus Goro, il est désormais Aquamarine Hoshino, et va chercher à retrouver son assassin.

Synopsis/résumé du chapitre 1 de Oshi no Ko

Voilà comment on pourrait résumer le synopsis du tome 1 de Oshi no Ko.Les autres chapitres du tome développeront par la suite plusieurs domaines, avec en tête d’affiche 2 personnages : Ruby Hoshino, soeur d’Aqua et bien évidemment Ai Hoshino, leur mère. Les chapitres suivront d’ailleurs tous le même schéma narratif :

Ils commencent tous par un flashforward où on voit un personnage dans une scène de la vie de tout les jours (interview/taches ménagères…). Pour rappel, un flashforward est l’inverse d’un flashback. Là où un flashback nous ramène dans le passé en nous présentant le passé d’un personnage, un flashforward nous emmène dans le futur. C’est d’ailleurs parfaitement expliqué par les noms de ces procédés narratifs. « Flashback » peut être traduit par « retour en arrière » là où « flashforward » peut être traduit par « bond en avant ». Il faut aussi noter que le flashforward est un procédé narratif bien moins utilisé que son équivalent. La raison est assez simple et demeure dans leur but : là où le flashback approfondit un personnage, le flashforward suscite de l’attente chez le lecteur/spectateur, en nous montrant un personnage grandit et qui a des expériences qui nous sont inconnues. C’est d’autant plus vrai dans l’industrie du divertissement, où la survie d’une oeuvre ne peut être garantie que par de bonnes ventes et une certaine rentabilité, sous peine d’un arrêt prématuré. Et là Akasaka case sans problème 8 flashforward dès son tome 1, sans se soucier d’une potentielle annulation… Chapeau !

Dans le cas d’Oshi no Ko, ces flashforward sont même très intéressants puisque Akasaka fait soit mention d’évènements plus que majeurs qui ne se sont naturellement pas déroulés dans le tome 1 ou alors d’évènements se déroulant parfois dans le chapitre en question. Par exemple, le flashforward du chapitre 4 est constitué d’une interview d’un fan d’idole qui parle d’un événement…. Qui se déroule dans le chapitre 4. J’ai bien d’autres exemples mais je ne vous en parlerais pas afin de ne pas vous spoiler !


Une œuvre au potentiel monstrueux

Mais ce qui brille énormément avec Oshi no Ko, c’est clairement son énorme potentiel, sur absolument tout les plans. Le scénario reste clairement le gros point faible de ce tome 1, qui se concentre sur l’exposition et le début de la construction de l’univers d’Oshi no Ko, univers qui est à l’inverse le gros point fort du manga. On se sent réellement happé par cette description macabre, mais terriblement juste du monde du show-biz qu’Akasaka et Mengo nous narrent. Mais la lenteur du scénario sur ce tome 1 est justifiée par les très très nombreuses pistes qu’il laisse au sujet de futurs arcs narratifs. En voilà quelques-uns, qui sont clairement les pistes les plus évidentes :

  • Ruby est-elle réincarnée ?
  • Qui a tué Aqua ?
  • Qui est le père des jumeaux ?
  • Aqua doit-il abandonner sa vie en tant que Goro ?

J’ai été d’ailleurs très surpris de voir le manga citer des sociétés comme « Oricon », « YouTube » ou « Tik Tok », là où je pensais que ces sociétés voyaient leurs noms transformés dans des oeuvres telles que celle-ci pour problème de droits d’auteurs. Surprenant, bien que ça aide encore plus à l’immersion.

Chacun des personnages est aussi très passionnant et joue avec cette idée de « double facette » : celle qu’on montre à la société, et par extension au public dans le cas d’une célébrité, et notre véritable personnalité, que seul nous connaissons et qui doit faire face à notre conscience. Cette idée s’applique aussi à l’un des thèmes majeurs d’Oshi no Ko, que j’illustrerais avec une citation d’Ai :

Pour moi, le mensonge est une forme d’amour

Ai Hoshino, Oshi no Ko chapitre 9

Cette thématique sur l’amour s’emboîte parfaitement avec l’autre thème majeur d’Oshi no Ko, à savoir la présentation, l’analyse et la critique du monde actuel du show-biz, pour donner un tout absolument sublime et impressionnant. Impossible de savoir à ce stade jusqu’où Akasaka va aller dans l’analyse de ces thèmes…

Mais dans tout les cas les quelques thématiques liées à ça et au fait de jouer un rôle explorées dans le tome 1 sont très intéressantes et promettent énormément pour la suite. Et ça serait oublier le dessin de Yokoyari Mengo, qui sublime le tout en offrant un trait visuel très adulte au récit d’Akasaka. Son dessin synthétise parfaitement le scénario d’Akasaka, ils se complètent l’un-l ‘autre.

CatégorieNoteAvis résumé
Personnages18/20D’excellentes bases pour la suite
du manga, avec des arcs narratifs qui s’annoncent juste passionnants !
Scénario15/20Clairement le point faible de l’incipit, mais qui est magistralement sauvé par un certain twist inattendu.
Ambiance et Univers19/20Le gros point fort du manga à l’heure actuelle, très très bien développé et qui a encore énormément de marge !
Dessin17/20C’est du Yokoyari Mengo, donc c’est du grand art ! On ressent tout particulièrement un travail au niveau des visages et des émotions !
Plaisir de lecture19,5/20La lecture passe toute seule, on est pris dedans et on en redemande !
Total88,5/100
= 17,7/20
Une vraie pépite et un futur classique en devenir

Oshi no Ko est un futur grand du monde du manga. Difficile d’imaginer la suite avec un incipit qui semble préparer énormément de chose en ouvrant pas mal de portes narratives. En tout cas ce qui est sûr, c’est qu’on a en face de nous une véritable pépite qu’il faudra surveiller à l’avenir. Pas de sortie française prévue à l’heure actuelle, mais au vu du succès que connaît la série au Japon et avec le fait que l’oeuvre d’Akasaka va bientôt arriver en France avec Kaguya-Sama, je reste vraiment optimiste sur l’arrivée d’Oshi no Ko dans nos contrées !

Merci à vous de m’avoir suivi pour ce premier article de la saison 2 ! J’espère que la nouvelle formule vous plaira ! Je vous dis à très bientôt pour la suite, les prochaines Lectures d’Amano vont surtout être dédiées à des lectures de fin d’année 2020 que je n’avais pas encore abordé !