Bonjour à tous. Le Scantrad. Un sujet… compliqué à évoquer. Je m’y étais risqué en février, avec au final plus de retours négatifs que positifs. Cependant, en vu de l’actualité avec le mouvement #WeLoveManga et tout ce qu’il provoque, j’estime qu’il est nécessaire que je replonge dans ce sujet, même si je risque de ne pas plaire à tout le monde.

Une dernière petite précision avant de commencer : j’ai un avis bien tranché sur la question. Cet avis n’engage QUE MOI. Je suis bien évidemment ouvert à la discussion sur ce point, ou même sur l’article en général. N’hésitez pas à laisser un commentaire sur ce point ou à me mentionner sur Twitter, je vous répondrai avec grand plaisir. Assez tergiversé, passons à l’article en lui-même.


Scantrad, Scanupload… Présentation globale

Ultra Jump- JoJolion CM (Yasuho ver.) - YouTube

Avant de réellement s’intéresser au débat soulevé par l’émergence de #WeLoveManga, j’estime qu’il est important de revenir sur la définition d’un scan à proprement parler. Un scan comme on l’entend pour un manga, c’est l’upload d’un chapitre d’un manga sur Internet, chapitre rendu disponible gratuitement et à volonté. Pour ce qui est de la traduction, il s’agit soit d’une traduction faite par des fans, soit directement le tome qui est scanné.

Je pense que c’est évident pour pas mal de gens, mais je le répète. LIRE EN SCAN EST UNE ACTIVITÉ ILLÉGALE. Il s’agit du vol de propriété intellectuelle. Les personnes qui publient les chapitres de cette façon n’en ont pas les droits. Généralement, les teams de scantrad s’occupent de se mettre à jour sur la publication japonaise, afin de ne pas avoir à attendre la version reliée française. Ces teams suppriment généralement les chapitres des mangas parus en France au format tome. Pour prendre l’exemple de Scantrad France, cette team ne laisse que les 3 derniers chapitres des mangas dont au moins un tome est sorti en France. Ainsi sur ce site vous ne trouverez que les chapitre 983, 984 et 985 de One Piece, car le manga est publié. Cependant, vous trouverez l’intégralité des chapitres de Blue Lock, car le manga n’est pas encore publié en France, mais les chapitres seront supprimés dès que le manga sera publié.

Lecteur De Mangas Japonnais En Ligne | Japscan.com

J’aimerais revenir sur un autre type de scan, que je préfère appeler le « Scanupload ». Contrairement aux teams de « Scantrad », qui traduisent directement les chapitres sortis au Japon, les « teams » de « Scanupload » mettent en ligne des mangas déjà sortis en France, parfois en intégralité et depuis très longtemps. CE genre de pratique est bien plus problématique que le scantrad. Alors attention, je ne dis pas que le scantrad ne pose pas problème aux éditeurs, et c’est probablement l’une des raisons qui fait qu’on n’a pas vraiment d’alternative légale en France. Mais ce sera le sujet de la dernière partie de cette article. Intéressons nous maintenant au mouvement #WeLoveManga.


#WeLoveManga

WeLoveManga : soutenir l'offre légale | Les News Akata

#WeLoveManga est un mouvement lancé le 16 juillet 2020 par Manga.io sur Twitter. Le mouvement avait pour but de sensibiliser le public autour de la lecture illégale de manga en ligne. Et…. C’est un peu parti dans tout les sens. Si au départ c’était juste des tweets explicatifs et des photos de collection, j’ai fait les 2 d’ailleurs. Mais ce mouvement a surtout ranimé un certain débat : en quoi les scans nuisent aux éditeurs ?

En soit, c’est surtout le scanupload qui nuit aux éditeurs au court terme. Forcément, certaines personnes ne vont pas s’embêter à acheter un tome à 7 euros l’unité quand tout est disponible sur Internet… De même, j’en ai aussi vu déclarer qu’elle n’ont pas le budget, ou qu’un tome en France est plus cher qu’au Japon… Bon, je ne vais pas revenir sur le « je n’ai pas le budget ». Je ne vous demande pas d’acheter l’intégralité des mangas sortis sur le marché français, personne ne le peut je pense. Simplement soutenez les éditeurs à votre échelle ! Pour vous dire, je tourne environ autour d’un tome par mois au bas mot, je ne suis pas non plus un gros acheteur.

Pour ce qui est du prix des tomes français, il faut savoir que c’est comme ça depuis très longtemps. Un tome était vendu environ 38 francs en 1997, ce qui donne 7,77 euros en convertissant et en prenant en compte l’inflation. Cette différence de prix s’explique surtout par les dépenses que demandent l’adaptation en France et la communication à faire autour du titre, frais qui sont absents au Japon. Pas de traduction à faire et la communication se limite très souvent à mettre le titre dans le même magazine qu’un manga très connu comme One Piece ou Kingdom.

En France il faut déjà traduire le titre en français, ce qui nécessite parfois plusieurs adaptations assez majeures. Il faut aussi communiquer autour de celui-ci afin qu’il soit rentable pour l’éditeur. Sans communication on se retrouve avec des désastres industriels, comme la première édition de Demon Slayer, « Les Rôdeurs de la Nuit », qui atteignait difficilement les 500 ventes par volume. Donc oui, payer 3 euros de plus par rapport au Japon, ce n’est pas la mort non plus ! Cependant le scantrad n’entraîne pas forcément que du négatif…


Nuance de gris

Je pense que je ne vous apprends rien en vous disant que rien n’est noir ou blanc, mais que tout est une nuance de gris. C’est une philosophie de vie claire et nette qui s’applique bien évidemment dans ce cas en particulier. Les scans, en particulier le scantrad, n’amènent pas que du négatif. Et de mêmes, les éditeurs ne sont pas que des victimes innocentes. Ils ont eux aussi leur part de responsabilité dans cette histoire.

Le manga Les Rôdeurs de la nuit (Kimetsu no Yaiba) de retour chez ...

Tout d’abord, parlons de la popularité d’une oeuvre. Qu’on le veuille ou non, une traduction en scan altère forcément la popularité d’un manga, très souvent de manière positive. Il existe de nombreux exemples. Blue Lock, traduit par Scantrad France, qui a déjà réussi à se forger une solide base de fans francophones, alors que le titre n’a jamais été abordé publiquement par un éditeur. Demon Slayer, qui a bénéficié du soutien de ses fans francophones pendant près d’un an alors que Panini Manga avait totalement lâché la publication du manga. Et enfin Kingdom, manga qui a longtemps subsisté en France par le biais des scans, avant que Meian n’obtienne les droits pour la série avec une formule qui convenait à la Shueisha. Il est difficile de donner tord aux scans sur ce point.

Une traduction en scan d’un manga non licencié prépare le terrain pour l’éditeur qui s’occupera de la parution française. Ou à l’inverse, cela permet de montrer assez facilement qu’une solide communauté est présente derrière ce titre (les hashtags des chapitres de One Piece en tendance Twitter chaque vendredi).

ONE PIECE celebrates 23 years on Weekly Shonen Jump with a cover ...

Le point majeur qui selon moi fait la popularité des scans, c’est bien évidemment le fait de pouvoir suivre la publication japonaise et de pouvoir découvrir des mangas sans prendre le risque de « gaspiller » son budget. Comprenez par-là le fait d’acheter à l’aveugle un tome pour au final être déçu et ne pas continuer la série. L’altération de la popularité dérive de cela. Aujourd’hui, suivre la publication française uniquement est devenu vraiment très long et éprouvant, surtout vu le retard par rapport au Japon, qui est de 6 mois environ dans le cas le plus idéal. Les scans viennent ainsi combler ce retard. C’est à ce jour la seule solution optimale pour ce cas, mais on y reviendra après.

L’autre point, celui de découvrir des mangas « sans risque de gaspillage » est intrinsèquement lié à la condition gratuite des scans. Pour le coup, ce point peut être autant lié au scanupload, en lisant des mangas licenciés gratuitement, qu’au scantrad, en lisant gratuitement des mangas non licenciés. Pour le premier, la pratique est bien évidemment illégale, acheter les tomes reste et restera le seul moyen de soutenir les auteurs. Mais plutôt que d’accuser les teams de scans de tout les maux du monde, pourquoi ne pas chercher une solution, un équivalent légal ? Car si le scanupload est dans son esprit, totalement illégal, on peut tenter d’imaginer des solutions pour « légaliser » le scantrad.


Quelles sont les solutions possibles ?

Tout d’abord, faisons un petit bilan des offres numériques proposées par les éditeurs.

Did anyone else cry during multiple parts of Fullmetal Alchemist ...
  • Les volumes en numériques : « solution » la plus répandue aujourd’hui, il s’agit simplement de rendre disponible les volumes en version numérique. Cette solution répond certes au problèmes de place qui peut être causé à long terme, mais elle ne répond en rien aux problèmes majeurs qui ont causés « l’ascension » du scan : la gratuité de ce dernier et le faible écart avec la publication japonaise. Il s’agit donc en l’état plus d’une offre pour tenter de « contrer » le scanupload. En plus de ça, la différence avec le format physique n’est que de 2 euros environ, donc à ce prix-là autant privilégier un tome pour une lecture bien plus agréable.
  • La traduction direct des chapitres : c’est la solution qui ressemble le plus au marché du scan d’aujourd’hui. Les éditeurs traduisent en version numérique les derniers chapitres des mangas de leur catalogue, et ils le proposent à l’achat, pour des prix allant de 50 centimes à 1 euro. Cependant cette offre a plusieurs problèmes. Le plus direct étant le prix. Pour un chapitre ça peut paraître peu, mais un lecteur qui suit une dizaine de séries par semaine, ça peut monter très vite. Cette offre est en plus de ça très peu utilisée en France, et donc il y a très peu de communication autour de cela.
  • Un format à la Netflix : il s’agit d’une offre similaire à ce que propose Mangas.io, qui est à l’origine du #WeLoveManga pour rappel. Payer une somme aux alentours de 7-8 euros par mois pour avoir accès à un catalogue avec des mangas disponibles dans leur intégralité. Il s’agit sans doute du format avec le plus d’avenir, mais le problème de Mangas.io réside actuellement dans son catalogue. Il est vraiment restreint, et si il va sûrement évoluer à l’avenir, l’idée d’avoir une plateforme légale va demander de négocier avec les éditeurs afin de récupérer les droits. Je vois plus cette offre comme une pseudo solution, mais sur le long terme, voire le très long terme. Elle sera sûrement très convaincante un jour, avec un catalogue bien fourni, mais en l’état, ce n’est absolument pas le cas.

Les solutions sont donc à l’heure actuelle très limitée. En enlevant la 3ème option, on peut même constater que les éditeurs ne font absolument rien pour faire évoluer les choses, et se contentent juste d’attaquer les teams de traduction en espérant sûrement qu’ils arrêtent d’eux-mêmes. Sauf qu’une solution légale, qui semble quasiment parfaite, existe déjà.

TopAppli Manga Plus by Shueisha : lire des mangas avant tout le ...

MangaPLUS est la réponse de la Shueisha au marché du scanupload et du scantrad. Proposer une plateforme 100% gratuite, avec les 3 premiers et les 3 derniers chapitres de leurs mangas. Si cette solution paraît idéale, elle a cependant un gros défaut pour nous. MangaPLUS ne propose des traduction qu’en anglais et en espagnol. Une traduction française arrivera peut-être un jour, mais force est de constater que ça posera plus de problèmes. Et ce à cause d’un seul point. Si pour le marché anglais et espagnol la Shueisha dispose d’un partenaire publiant chacun de leurs manga, pour la France, leur catalogue est distillé entre chaque maison d’édition. Pour prendre le catalogue actuel du Jump, si la Shueisha veut faire une version française de MangaPLUS, cela demande d’aller négocier chez :

  • Glénat pour One Piece et Dr.STONE
  • Ki-oon pour My Hero Academia, Jujutsu Kaisen et Act-Age
  • Kazé pour Haikyû!!, We Never Learn, Black Clover et Chainsaw-Man

Et je n’inclus même pas les potentielles nouveautés déjà acquises par un éditeur, et surtout les anciens titres qui sortent sur MangaPLUS comme Dragon Ball, Naruto, Blue Exorcist ou encore Reborn. Bref, c’est possible, mais actuellement on ne peut que fantasmer sur ça et revenir à notre triste réalité où le bilan est clair et net :

Les éditeurs ne font rien pour aller dans le sens des fans qui demandent à suivre la parution japonaise

Ou plus simplement :

L’offre numérique en France est bien trop limitée

Les habitudes de consommation ont énormément évoluées depuis l’arrivée des mangas en France au début des années 90. La culture du « tout-gratuit » s’est énormément développée. On peut prendre en exemple le marché de la musique, avec Spotify ou Deezer. Rester sur une offre proposant uniquement des versions physiques, certes très qualitatives, mais ayant un certain retard sur la parution japonaise, ralentit plus qu’autre chose l’évolution du manga en France.

Et j’espère que le mouvement #WeLoveManga fera bouger ça. Viser les personnes réellement coupables, à savoir les sites de scanupload frauduleux qui se font de l’argent avec les pubs de leurs sites, comme JapScan, et arrêter d’attaquer uniquement les teams de scantrad. Elles ont certes leur part de responsabilité dans cette histoire, en utilisant notamment des œuvres qui ne leurs appartiennent pas. Mais j’espère que les éditeurs vont aussi relativiser et qu’ils remarqueront que ce marché potentiel existe. Et peut-être qu’on pourra enfin lire les derniers chapitres de nos mangas favoris en toute légalité.