Analytique N°13 : Le Scantrad, bienfait dangereux ou arnaque idéale ?

Bonjour à tous et bienvenue dans une Analytique qui va être très importante. Si vous me suivez, c’est que je suppose que vous avez un contact avec le monde du manga et sa communauté. Et vous êtes sans doute au courant que depuis plusieurs années, le format numérique se développe énormément et c’est normal, il faut vivre avec son temps et c’est plus pratique de transporter un téléphone où on peut lire par exemple sur MangaPLUS qu’un tome de One Piece.

Mais il existe un format numérique, souvent le préféré des fans, qui fait grincer les dents des éditeurs : le scantrad, plus communément appelés scanlation et le fansub.


Une solution illégale qui prend trop d’ampleur

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Pages couleur du chapitre 146 de My Hero Academia.
Les images de l’article vont être hors contexte, je vous préviens

Alors, on va être directs : quand je parle de scantrad, je ne parle pas que de la Team Scantrad, mais de toutes les personnes qui traduisent des mangas qu’ils soient publiés dans le Jump, le Shônen Magazine, le Bessatsu… Pour le fansub c’est la même chose, je vais traiter du sujet dans son intégralité. Et je vais être explicite sur un autre point :

LE SCANLATION ET LE FANSUB SONT DES ACTIVITÉS ILLÉGALES

Avant de vraiment vous parler de ce qui m’intéresse, faisons une petite histoire très très rapide du scanlation et du fansub. Concernant le scanlation, c’est un phénomène qui est né au Japon. Les fans japonais de telle ou telle oeuvre la scannaient pour l’envoyer à des amis ou parfois la traduisaient pour la rendre disponible sur Internet et donc au plus grand nombres.

Pour le fansub, c’est un peu pareil sauf que c’est là non pas du scannage de manga, mais du sous-titrage d’épisodes d’animes. Si pour les animes ça existe et c’est connu depuis très longtemps, pour le scanlation, c’est connu depuis un bon bout de temps également, et ça a commencé à influencer les ventes depuis quelques années, que ce soit les ventes françaises ou les ventes japonaises. Mais trève de bavardages et passons au thème de l’article.

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Oui, j’ai insisté dessus : le scanlation et le fansub sont des activités illégales. Mais là où le fansub tend de plus en plus à disparaître, avec l’apparition des plateformes de visionnage en ligne, avec en tête de liste ADN, Crunchyroll et Wakanim, le scanlation reste très présent, malgré l’apparition d’alternatives légales pour essayer de contrer cela, notamment avec l’application MangaPLUS de Shueisha, qui propose des chapitres du Weekly Shônen Jump…. en anglais et en espagnol.

Ces choix, qui peuvent être discutables sur certains points, restent malgré tout plus que cohérents, ces langues étant 2 des 3 langues les plus parlées au monde. Mais on peut se demander : pourquoi est-ce qu’il n’y a pas de version française de MangaPLUS ? Alors qu’on est le 2ème pays le plus consommateur de manga ? C’est quand même stupide, surtout quand on voit l’ampleur qu’à prit le marché du manga en digital (légal ou non) chez nous…

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Mais certains vont me demander : en quoi le scanlation est-il illégal ? Pour expliquer ça, il n’y a pas besoin d’aller très loin, il suffit juste de réfléchir au système du scanlation. Le site MangaRock, qui était l’un des plus gros site de manga digital, a expliqué ça avec une petite BD que je ne publierai pas car je n’ai pas envie que l’article fasse 3 hectomètres de long. Je vais donc expliquer ça sous forme de liste assez claire :

  1. Un mangaka écrit son histoire et est publié dans un magazine
  2. Un fan achète le volume relié (ou avec l’apparition de MangaPLUS pour le Jump, les planches sont prises là bas) et il le scanne et le publie sur Internet
  3. Une traduction est faite, que ce soit par l’acheteur ou quelqu’un d’autre (peut importe la langue, mais les 1ères traductions sont généralement en anglais ou dans des langues plus ou moins similaires au japonais)
  4. Puis de fil en aiguille, de nombreuses traductions apparaissent dans pas mal de langues.
  5. Et de nombreux sites proposent donc la lecture GRATUITEMENT

Et j’insiste bien sur le « gratuitement ». Parce que déjà c’est de la violation de droit d’auteur, puisqu’il n’y a eu aucun accord entre la maison d’édition, l’auteur et les 400 milliards de sites qui proposent la traduction. Mais il y a également un autre problème : le scanlation, on va dire scantrad à partir de maintenant, ne permet en rien à l’auteur de gagner sa vie, puisque le tout est proposé gratuitement.

Et c’est là qu’est le problème, car on imagine sans aucun soucis que pour ce qui est des sites comme MangaPLUS, directement géré par la maison d’édition, on imagine sans mal que la paye peut être adaptée en fonction du succès des chapitres, mais pour les sites amateurs qui sont souvent les plus utilisés, ça pose directement plus de problèmes…. Et ça pose encore plus de problèmes quand on sait à quel point l’industrie du manga est en baisse depuis quelques années, et ça ne va pas aller en s’arrangeant.


Des solutions compliquées à imaginer

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« Mais dans ce cas, pourquoi on ne propose pas un site de scantrad payant, afin de régler les problèmes de droits d’auteurs ? ». Cette idée semble miraculeuse sur le papier, mais seulement sur le papier, parce que dans la réalité, elle est à brûler vive pour inutilité. Déjà, le budget. Acheter des droits d’auteur à long terme, c’est cher.

Et quand je dis cher, je veux dire que si vous voulez passer à la caisse, vous avez intérêt à posséder l’intégralité du PIB du Mali et du Sénégal, et même là vous finirez dans la rue. Alors on ne connaît pas le prix exact du droit d’auteur d’un manga, parce qu’il y a énormément de facteurs qui rentrent en jeu, la popularité du manga, ses ventes, ses produits dérivés, si l’auteur est connu…

Mais pour vous donner une indication, Masamune Sakaki, un animateur 3D, a déclaré en 2016 qu’un anime de 13 épisodes coûtait en moyenne 250 millions de yens, soit 1,8 millions d’euros. En faisant un petit produit en croix, on trouve un prix moyen par épisode de 140 000 euros….. pour 1 épisode. Alors vous ne comprendrez peut-être pas pourquoi je bascule sur le prix d’une saison d’anime, alors qu’on parlait de manga juste avant.

Et bien je pense que ça illustre parfaitement ce que je voulais dire par rapport aux prix des droits d’auteurs liés aux goodies, etc. La licence de One Piece, celle de JoJo’s Bizarre Adventure ou celle de Dragon Ball doit coûter bien plus que celle de Samurai 8.

Et ce n’est pas au niveau d’un particulier, mettez-vous ça en tête. Et puis l’idée d’un abonnement pour le scantrad pourrait fonctionner, mais le public est désormais habitué à la gratuité…. Et enlevez un nectar délicieux à quelqu’un, il va tout faire pour le retrouver… La gratuité est partout sur les sites de scantrad, tout le monde (y compris moi) hurleraient au scandale si ça devenait payant.


Mais malgré tout…

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Mais je pense qu’il est temps de faire une pause. Vous me voyez cracher sur le scantrad, j’imagine déjà les gens me dénoncer en tant que ennemi public…. Mais le scantrad a également ses bienfaits :

Déjà, la gratuité est certes un point noir du scantrad par l’absence de soutien à l’auteur, mais c’est aussi une qualité, car cela permet à des personnes qui n’ont pas forcément les moyens de souscrire un abonnement à ADN, Crunchyroll ou Wakanim et qui n’ont pas les moyens d’acheter les tomes reliés d’accéder à leurs mangas préférés.

Et c’est sûrement l’un des facteurs qui a permis à la communauté manga d’autant se développer. L’autre bienfait majeur est bien évidemment la découverte de nouveaux mangas. Et je vous parlerai juste de mon expérience. En 2019, j’ai découvert JoJo’s Bizarre Adventure, Kimetsu no Yaiba : Demon Slayer, Go-Toubun no Hanayome, We Never Learn et Chainsaw-Man via le scantrad. C’est un excellent moyen d’enrichir sa culture manga et de peut-être, trouver des perles rares.

Mais cela soulève également un autre problème : One Piece, My Hero Academia, Demon Slayer…. Ce sont très souvent les plus grands hits qui sont traduits sur les sites de scantrad, et très peu les petits mangas avec énormément de potentiel. Et c’est plus que dommage, car cela permettrait de faire découvrir au plus grand nombre des mangas très intéressants, mais trop peu connus.

Et puis surtout, faire ces traductions de mangas peu connus ferait grandir leur communauté de fan, et derrière, de plus ou moins faciliter leur possible traduction officielle en français, en faisant notamment la demande aux éditeurs via les réseaux sociaux.

Il ne faut pas aller bien loin pour trouver des exemples, de nombreux mangas ne sont pas traduits en scantrad, faute d’un gros succès, comme par exemple We Never Learn dans le Jump. Et c’est dommage, car ces mangas finissent noyés sous les mastodontes, et le marché finit alors bouché… Comme actuellement.

Et puis au final, il existe bien un moyen de soutenir les auteurs en lisant en scantrad : acheter les tomes reliés à leur sortie en France. ça paraît débile, mais c’est bien le cas. Surtout que ça permet aux éditeurs de voir que leurs mangas marchent bien et donc, peut-être d’espérer la sortie de votre chouchou en France qui sait ? On ne sait jamais, et reste que à l’heure actuelle, c’est le meilleur moyen de procéder.

Je vous remercie d’avoir lu jusqu’au bout cette Analytique. Si vous appréciez mon travail, je vous invite à aimer cet article en appuyant sur l’étoile et à vous abonner via WordPress au blog. Merci à vous et bonne journée